C’est en fracassant son téléphone sur le sol de son cabinet qu’Aurélien s’est vu imposé son internement. Il dit avoir « pété les plombs ». Il est vrai que peu de temps auparavant il s’était déjà fait remarquer en s’empalant sur la grille de l’immeuble dans lequel se trouve son entreprise de kinésithérapie dont il avait oublié les clés ce matin là. Il avait dû être secouru par les pompiers et se faire recoudre la peau à l’hôpital.

Il est vrai qu’il m’avait confié qu’il s’était accoutumé boire le soir.

 

2.04 mètres, il se baisse à chaque fois qu’il franchit une porte, mais le geste est bien intégré. Sportif, il a tôt fait d’improviser une salle de musculation dans la chambre en utilisant une chaise règlementaire sur quoi il s’appuie pour se livrer à des pompes et qu’il tend à bout de bras pour pratiquer ses exercices de musculation.

 Il avait dû démonter un dossier du lit car, étendu, ses pieds dépassaient.

 

 Aurélien était de bonne compagnie, et j’ai pu avoir dans la chambre que nous partagions les conversations les plus intéressantes de mon séjour. Et, cerise sur le gâteau, il ne fumait pas, contrairement à d’autres occupants des lieux dont les cigarettes, malgré l’interdiction promulguée  de fumer à l’intérieur des locaux, avaient creusé des trous dans les tiroirs plastiques des tables de nuit ou maculé de nicotine le dévidoir du papier toilette dans la salle de bains.

 Nous nous plaisions tous les deux à nous poser en observateurs des patients et plus encore de l’Institution et de son personnel soignant, que nous regardions d’un oeil critique et quelque peu narquois. On pouvait retrouver là les mêmes arbitraires qu’au Service Militaire, les mêmes excès dans la caricature.

 De plus, il lisait un livre, ce que j’étais le seul à pratiquer dans le service avant sa venue. Son beau-père lui avait fourni plusieurs magazines qu’il m’avait proposés, parmi lesquels le Nouveau Magazine Littéraire qu’il s’était empressé de me prêter lorsqu’il avait su quel avait été mon état, ce qui m’a permis d’apprendre que cette revue est très passablement dédiée à la littérature.

 

Lorsque j’ai appris mon départ subit, j’en ai été presque contrarié car il a mis fin brutalement à une belle relation en train de se nouer avec une personne dont je partageais de nombreux centres d’intérêt.

Et son gabarit de surcroît m’apportait une sécurité dont j’avais été privé jusque là.