Sébastien /Lobruto/

 

Un grand garçon mince, la trentaine, et qui s’est voûté, se tient la tête enfoncée dans les épaules, protégée par le col de ses belles chemises relevé, la visière d’une casquette plongeant sur ses verres noirs abritant ses yeux.

Il fume toute la journée. Il marche un peu courbé, les mains dans les poches, les jambes un peu raides et à petits pas déjà.

 

Au retour du lavage, ses blancs survêtements de marque et ses chemises fantaisie blanches à liseré noir sont immaculés. Les cols de chemises empesés. Au fil des jours des marques de salissure apparaissent, car ils sont portés quotidiennement (jour et nuit?) jusqu’à devenir sales.

 

Comme j’étais passablement mal vêtu et peu dans les goûts vestimentaires de la jeunesse qui résidait dans les lieux, il m’a proposé un jour de me donner l’une de ses belles chemises, que j’ai refusée pour réserver mon indépendance.

 

 

 

Quand il me parlait c’était à faible volume, un quasi murmure, m’obligeant à me tenir proche de lui. Mais peut-être était-ce à cause du thème de ses entretiens, qui souvent tournaient sur un mode ésotérique.

Il se disait converti à l’Islam. Lors des soirées estivales, sous l’ombre crépusculaire du jardin, il me demandait de pratiquer sur lui une imposition des mains et de le délivrer de sa souffrance à l’aide des pouvoirs qu’il me prêtait, en échange de quoi il me ramènerait à l’âge de mes trente ans (pourquoi trente ans?). il voulait aussi que je prie à haute voix pour lui, assis au vu de tout un chacun sur le lieu de passage d’entrée et de sortie du jardin. J’en étais mal à l’aise.

Il tenait des propos obscurs et allusifs sur un certain Ben Saïd, duquel il se disait proche et sur qui il me conseillait de m’informer. 

 Il était si insistant dans sa demande que j’ai fini par la rejeter, après avoir tenté quelquefois de pratiquer quelques gestes d’imposition, pour voir où cela nous conduirait, puis de l’orienter vainement vers une pratique méditative, refusant d’aller outre dans ce qui m’apparut alors relever du délire, et peut-être de la manipulation.

Encore qu’on ne sache jamais tout à fait.

 

Il y avait une gêne par la suite lorsque nous nous rencontrions. Il était offusqué contre moi, qui aurait souhaité simplement en revenir à un commerce ordinaire. Apparemment je ne l’intéressais plus. Peut-être s’était-il senti blessé? trahi?

 

Merci de laisser un commentaire ; ce blog se voudrait un lieu d'échanges.

---oooOooo---