Dylan

 

Dylan est un beau jeune homme aux yeux bleus, sourire franc et la parole affable. Dylan jouait de la guitare, dans sa chambre. Il pouvait lui aussi à l’instar de tous les jeunes noyer ses oreilles dans la musique ou bien en faire profiter la communauté qui se réunissait alors sous la tonnelle aux beaux jours autour de son enceinte sans fil, qui amplifiait son téléphone.

Dylan ; était-ce son véritable nom, connoté de folk états-unien. Son nom l’avait-il prédestiné à sa pratique musicale?

Il filait le parfait amour avec la petite Gloria, fille des îles aux beaux cheveux sombres et bouclés, qui coiffait également ses oreilles d’écouteurs reliés à son portable.

En fin d’après midi elle se rendait en salle de soins pou y prendre son ordinateur avec quoi elle regardait des films dans sa chambre.

Nulle connexion internet accessible dans le Service.

Plus tard elle le ramenait et on le remettait en charge, car était proscrit l’usage de fils d’alimentation, exceptés les chargeurs de téléphones. Nous devions déposer dans cette salle tout appareil tel que rasoirs, séchoirs à cheveux voire lampes de poche qui étaient consignés dans un tiroir numéroté attribué à chaque chambre. La mienne portait le N° 5. C’était la première en fait après que l’on eût franchi la porte d’entrée, emprunté le couloir et laissé d’un côté l’office, la salle à manger, le salon de télévision, la salle de repos des Soignants ainsi que le couloir menant au jardin, et de l’autre côté le bureau du chef de Service, la salle de soins dont il a été question, la mezzanine vitrée qui faisait puits de lumière et à travers laquelle l’on pouvait apercevoir une partie du Tribunal annexe destiné à juger du caractère fondé de chaque internement sous contrainte, puis le bureau des psy, le minuscule local à matériel d’entretien, et la porte coupe-feu à l’extrémité.

 

fullsizeoutput_3bdf Le salon ; de l'autre côté du couloir, le puits de lumière. A l'extrême gauche, aperçu de la salle à manger.

 

Pour en revenir à Dylan, il était installé dans un autre couloir, parallèle au premier, de l’autre côté de la mezzanine, bordé de chambres individuelles. De sorte que je n’ai jamais eu l’opportunité de l’entendre jouer de son instrument.

Sur son système audio, il faisait jouer des types de musiques assez variées, que je connaissais en partie, de sorte que nous découvrîmes à notre grand étonnement que nous partagions le même goût pour la musique contemporaine de Steve Reich, que nous devions bien être les deux seuls à connaître dans tout l’hôpital et au-delà. C’est ce qui créa un lien entre nous, et lorsqu’il quitta le Service pour un autre où l’on avait toute liberté de mouvement à l’intérieur de l’Etablissement, nous avons continué à nous saluer et à échanger quelques mots, sauf, bien sûr, quand il était  assis sur un banc de la Pelouse dans un tête à tête amoureux avec Gloria.

 

fullsizeoutput_3d33 La Pelouse