LINEX Mendes …

 

Portugais lusitanien ou niçois longiligne qui dès l’aube voire à la nuit en automne, dès que la porte du jardin était ouverte, à 6 heures, arpentait le terrain en allées et venues de grandes enjambées, la tête encapuchonnée, mains dans les poches, tenue sportive : adidas survet ou, un peu plus tard dans la journée, short vert fluo et T-shirt jaune canari - le Brésil ainsi convoqué de même que sur ses tongs où le mot apparaissait de manière explicite - avec variante camouflage y compris les baskets tachetés, mais toujours à l’extérieur clope allumée et souvent muzic dans les oreilles casque audio / oreillettes. 

Quand je le croisais le matin dans le couloir au sortir de la chambre il me saluait parfois d’un Bonjour, Monsieur quelque peu protocolaire avec poignée de main ferme les yeux dans les yeux ou bien selon les jours son regard ne déviait pas d’une ligne imaginaire droit devant lui située quand il passait devant moi , qui donc n’existais pas.

 

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Durant l’attente pour prendre les traitements, qui se faisait dans le salon adjacent au couloir ou dans celui-ci, et qui pouvait être longue, il arpentait ce dernier à grands pas toujours mains dans les poches, coupé du monde dans ses écouteurs, comme un nageur enchaînant ses va-et-vient le long de son couloir de natation, et il pouvait être prudent de lui laisser le passage libre en serrant la file le long du mur.

 

 

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Il parlait Anglais, Portugais et passablement Français, ce que j’avais tendance à oublier en m’évertuant à m’adresser à lui en Anglais.

 

Il disait s’être retrouvé dans cet hôpital pour s’être interposé dans une dispute.

 

Il était très bien vu dans la petite communauté qui s’était formée avant mon arrivée dans les lieux avec Léna l’assistante dentiste, la jeune première Gloria, Dylan l’ado guitariste qui à ma très grande surprise nous a fait écouter Steve Reich, et que moi seul à part lui connaissais, le petit jeune Melvin, dont je me méfiais à tort parce qu’il était un peu bronzé et qui m’est apparu comme un garçon doux, gentil poli et moral, et quelques autres qui gravitaient autour de cette petite famille de fortune dont la « pathologie » la plus partagée était d’avoir pactisé avec le cannabis.

 

Quand la mère de Linex est venue une seule fois en un mois lui rendre visite, j’ai vu une femme de petit gabarit, paraissant sans doute plus que son âge, qui claudiquait et chez qui tout dans la mise signalait un milieu très modeste, contrastant avec la garde robe du fils, lookée jeune péri-urbain sportif.

 

J’ai alors supposé que lorsque je lui ai parlé du psychanaliste-écrivain Antonio Lobo Antunes et du cinéaste intellectuel Manuel de Oliveira et qu’il m’a dit connaître un peu, c’était pour faire preuve de politesse.