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Peu de temps après le film Le Tableau, la peinture se voit

traitée à nouveau dans ce film dont on pourra goûter

unanimement le plaisir esthétique qu'il procure,

quitte à être plus partagés sur d'autres critères.

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Pour ceux qui comme moi ne sont pas

très férus en Histoire, il nous offre aussi

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un petit rappel des dissentions religieuses de l'époque du peintre

dans le christianisme,

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Le portement de Croix, Pieter Bruegel, 1564

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en associant, comme Bruegel l'avait fait, l'époque du Christ à la sienne,

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les crucifiés étant ici le Christ et les deux larrons mais aussi les victimes réformistes du pouvoir royal espagnol

régnant en ces temps sur les Flandres et représentant du catholicisme romain.

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L'esthétique fait la part belle aux tableaux en costumes

- la plupart du temps sans texte, mais non sans bande son -

et incite à la contemplation.

Elle ne renie pas pour autant certaines formes modernes, comme l'utilisation d'une grande profondeur de champ

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qui rappelle certains films un peu "bande dessinée" comme  ceux de Jeunet (on peut penser à Un long dimanche de fiançailles, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, à cet égard) mais ici la forme ne dessert pas le fond, contrairement à d'autres films ainsi conçus et fort décevants quant au contenu, tels Micmacs à tire-larigot.

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Le plaisir a été pour moi intense à explorer du regard les profonds plans d'ensemble, afin d'y découvrir les personnages qui se mouvaient en divers plans de profondeur de champ.

J'ai eu plaisir aussi à constater que, contrairement à ces films relevant de ce  type d'esthétique qui veulent  remplir l'image de mouvement  sur la totalité de l'écran, certains fonds d'images restaient immobiles, paysages vides de personnages et de mouvement, tels des tableaux de peinture.

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Un autre plaisir que m'a procuré ce film est que les diverses techniques conjuguées par le cinéaste provoquent parfois de l'étonnement, car l'on voit des arrière-plans que l'on supposerait être des décors en à-plat, apparentées si l'on veut à des toiles de fond peintes, mais sur ces décors les personnages peuvent être en mouvement, joués par des comédiens. L'impression de perspective en est quelque peu bousculée, et cet étonnement tourne aussitôt au ravissement, pour qui apprécie comme c'est mon cas la découverte de la nouveauté, et davantage encore quand celle-ci se marie au classicisme.

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Autre choix intéressant : l'on assiste parfois à des manières de "tableaux vivants figés", les personnages immobilisés dans les attitudes mimant celles des personnages du tableau du peintre, technique classique, mais ici certains comédiens-personnages tranchent par le fait qu'ils ne sont pas tout à fait  immobiles ( est-ce une recherche d'effet de distanciation?) Sans que je puisse expliquer pourquoi, il ma semblé qu'il y avait somme toute quelque chose de "Tarkovskien" dans certains de ces plans filmés en panoramique.

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Et, puisqu'il est question de références, quelle magnifique référence au cinéma que ces images où par un effet d'ombre et de lumière issu du mouvement de la roue dentée du moulin - personnage essentiel de l'histoire! - l'on voit comme une pellicule cinématographique défiler sur le visage du meunier, grand ordonnateur du Temps. 

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Film du cinéaste polonais Lech Majewski,

adapté d'un essai de M. Gibson, the Mill and the Cross

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