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Jacques Higelin au théâtre lino Ventura à Nice le 25 octobre, ce fut une expérience de vie autant ou plus encore qu’un spectacle.

Dès l’arrivée sur scène, l’étonnement fut de mise : un piano à queue au centre, des percussions en arrière-plan, un clavier à l’avant-scène à droite, un canapé et une table base à gauche.

Le percussionniste s’est installé, dans un fauteuil à haut dossier confortable, pivotant autour de ses instruments, et a joué avec ses seules mains, du bout des doigts souvent.

Quand il est arrivé, et que les spectateurs se sont levés pour l’applaudir, il nous a dit de nous asseoir, que nous avions tout notre temps ; annoncé pour une durée de deux heures trente, la rencontre en a duré près de trois.

Sur le piano, des albums photos rouge et noir ; Higelin a commencé à chanter, guitare folk – piano – clavier, mais il a surtout lu, slamé les textes que contenaient en fait ces albums, son percussionniste s’adaptant à l’enchaînement des lectures et des chansons qui visiblement ne sont pas tous les soirs à l’identique. L’artiste a lui-même expliqué – car il parle également à son public et, ce soir-là, à sa petite-fille aussi, présente dans la salle – qu’il nous proposait ce faisant tout un matériau qu’il a écrit lors de longues nuits, dans lequel il sélectionnera ce qui deviendra peut-être le spectacle final.

Alternant chansons et déclamation, s’accompagnant aussi de deux verres de vin, se faisant déplacer son micro d’un instrument à un  autre – sans oublier le canapé ni la table basse, se faisant chercher, nettoyer quand nécessaire ses lunettes de presbyte, ses recueils de textes de pupitre en pupitre, la soirée a pris un tour bon enfant, le public interpellant « Jacquot » à l’occasion, tandis que lui-même maniait l’humour pour dynamiter quelque peu une prétendue image de vedette, reconnaissant par exemple qu’il venait de se « planter » à la guitare, et que cela permettrait aux débutant de penser qu’ils avaient toutes leurs chances, si lui aussi le faisait...

Cependant les déclamations s’étiraient sans doute un peu trop dans le temps ; et brusquement l’artiste en a pris conscience puisqu’il a déclaré qu’il avait visé trop haut et qu’il n’avait pas réussi à atteindre son but lors de cette soirée, qu’il a conclue en nous servant une version de Champagne inédite dans son orchestration piano – percussions. Il n’y eut pas de rappels ; la messe était dite.

J’aime par-dessus tout pour ma part les artistes qui, comme l’a récemment déclaré Alain Baschung, Christophe ou jacques Higelin, chacun à sa manière, ont de la brume dans la tête. Sans doute d’autres parmi ceux qui constituent mon peloton favori, tels Jean-Louis Murat, Camille, Gérard Manset ou Armand Méliès, sont-ils eux aussi des êtres pour qui les choses de la vie ne vont pas de soi.

Rien n’est plus éloigné de moi que ces personnes pour qui les choses sont « simples », « logiques » d’une manière pour eux évidente et ce mot récurrent dans leurs propos, avec cette assurance qu’ont d’eux-mêmes ceux et celles qui s’autoproclament nets de toute ambiguïté et performants.

Ils ne sont pas de ma tribu, ils ne m’émeuvent pas, ne font pas vibrer la corde de ma vie, ceux-là qui savent.

En compagnie de Jacquot, ce soir-là, dans ce quartier miséreux où s’entassent les pauvres relégués à la marge de Nice la Belle, la vie a vibré. Ce fut une vraie rencontre, avec ses beaux moments et d’autres moins aboutis, ce fut une expérience de vie, un moment de véritable partage, où l’artiste a pu clore la soirée en se déclarent insatisfait de lui, et son public accepter d’entendre dire cette chose-là et lui manifester cependant tout son amour au moment de se quitter.

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